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Porno Jidai Geki - Bohachi Bushido


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Rebellote avec un bon cru du regretté Teruo Ishii

 

 

Fantasmagorie de l'enfer

 

Prolifique artisan tout à tout, Teruo Ishii est un pur produit des studios qui s'est aussi bien illustré dans les polars, yakuza/ninkyou eiga que dans les films de tortures et autres films d'exploitation. Le cadre médiéval de la fin de l'ère Edo a toujours été le plus propice à l'étalage de son univers étrange et déviant ; notamment avec la longue série des Tokugawa aux tortures esthétiques qui ont fait sa réputation en Occident. De retour à la Toei, sa maison mère, après un court passage à la Nikkatsu où il signa le très culte Blind Woman Curse, une singulière variation de ninkyou matinée de fantastique ; il retrouve son décorum fétiche pour signer Porno Jidai Geki -Bohachi Bushido, un autre grand classique du cinéma d'exploitation. Film extravagant, singulier pot-pourri qui mêle érotisme, psychédélisme et excès sanglants, le film marque aussi la limite du cinéaste lorsqu'il s'agit d'allier rigueur et retenue dans une approche psychologique plus poussée qu'a l'habitude. Néanmoins la force de ses visions est indéniable, son univers reconnaissable entre-mille en font un cinéaste incontournable, n'en déplaise à certains.

 

Shino Asu (Tetsuro Tamba dans un de ses rôles les plus marquants) est un ronin nihiliste, auto-destructeur qui s'abandonne dans l'alcool et les femmes. Après une sanglante rixe avec les forces du shogun, il trouve refuge à Yoshiwara, le quartier des plaisirs de Tokyo. Il fait bientôt la connaissance du clan Bohachi qui régit d'une main de fer la prostitution du quartier. Engagé pour démanteler les bordels clandestins qui nuisent au clan. Asu réalise bien vite qu'il se trouve manipulé et que sa vie ne tient qu'à un fil.

 

Fortement inspiré de l'esthétique et du sens théâtral du Kabuki, Porno Jidai Geki -Bohachi Bushido vaut surtout par sa force graphique et son ambiance étouffante. Alternant scènes d'intérieur aux couleurs éclatantes propres à l'imagerie fantasmée des bordels avec des extérieurs exclusivement nocturnes aux décors dépouillés et minimalistes, Ishii déréalise son univers jusqu'à offrir une claire allégorie de l'enfer. Le travail sur les lumières est notamment remarquable, les couleurs électriques, l'escamotage des décors soulignent le sulfureux psychédélisme de l'ensemble. La bande son contribue aussi fortement à l'atmosphère fantastique du récit : sourdes percussions, complaintes de shakuhachi et voix flottantes en réverbération. Si la réalisation pâtit comme toujours d'une impression brouillonne et approximative, Ishii se livre à de généreuses expérimentations visuelles du meilleur effet. Jeu sur les silhouettes et les lumières, perspectives étranges et inquiétantes, dilatation du temps avec de judicieux ralentis qui masquent le faible niveau technique des combats.

 

Le récit s'attache à la figure atypique d'un ronin en marge, sorte de Nemuri Kyoshiro hard-boiled. Tetsuro Tamba, plus monolithique que jamais, campe parfaitement son role, Regard hagard, teint blème, lèvres crispées, sa présence imprime l'écran. Principal reproche, l'approche psychologique reste superficielle et ne restitue pas à sa juste mesure l'esprit torturé d'un personnage potentiellemnt interressant, la tension sous-jacente s'en retrouve donc amoindrie. Tout le contraire d'un Misumi, tout en intériorisation et rage contenue. Le film compense en partie ce défaut par une approche sensorielle expérimentale et nombres de séquences surprenantes. Le prologue du film est particulièrement mémorable, une bataille sur un pont écrasé par un apocalyptique ciel écarlate, les étincelles des sabres qui s'entrechoquent, les gerbes de sang viennent se déposer sur l'écran pour afficher les crédits! Le dernier tiers marque le basculement définitif dans le psychédélisme : lumière sombroscopique, échos aériens, déréalisation des combats. Rarement on n'aura vu autant de femmes nues chez Ishii. Soumises, elles n'en distillent pas moins un parfum vénéneux et sensible. L'érotisme déborde de toutes parts, autant de scènes à la belle intensité sexuelle, la caméra ondule et s'abandonne sur les corps dénudés.

 

Porno Jidai Geki -Bohachi Bushido manque de rigueur pour atteindre le statut tant envié de classique, néanmoins la charge fantasmatique tourne à plein régime. Univers décrépis et décadent, singulières visions de sexualité et violence entremêlées en font une réussite marquante d'un certain cinéma commercial et subversif. Ishii en garde d'ailleurs un souvenir attendri allant jusqu'à rendre hommage au personnage de Shino Asu dans son récent Jigoku.

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Merci bien de cette longue review

Si tu veux la laisser sur le site ZoneBis ne te prive pas (si tu ne sais pas faire il existe un sujet qui permet de débuter, après tout est expliqué pas à pas)

 

viewtopic.php?t=169

 

EDIT: Merde, je viens de réaliser que Martin n'était en fait que le génialissime Itami Hanzo du forum Hkmania et "accessoirement" responsable de Eiga Gogo !!!

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