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Armadillo - Janus Metz Pedersen (2010)


Ben
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Ca pèse!

On dit parfois qu'un film est tellement réaliste qu'il ressemble un doc, bah là c'est l'inverse, on a un doc tellement léché qu'on dirait une fiction. Techniquement déja: la photo est impressionnante, on a parfois du mal à croire que les images sont captées sur le vif sans être travaillées; le montage est au top, tout comme la musique, mortelle et renforçant parfaitement la narration; le réalisateur ne se contente pas d'une simple mise en image, il utilise en alternance les différents moyens de captation pour immerger le spectateur et se permet même de beaux morceaux de mise en scène en utilisant les images qu'il a à disposition.

Les scènes d'affrontement collent aussi bien au siège: c'est simple, quand ça tire, le cameraman fait comme tout le monde, il se jette par terre, et nous avec lui. Pour autant, le mec (chapeau le dévouement) continue à essayer de capter les meilleures images, et on n'a donc pas de scènes incompréhensibles, mais un parfait ressenti de la menace diffuse et invisible qui leur tombe dessus.

 

Cette technique léchée, alliée à une capacité à faire de l'hyper réalisme, donne une impression étrange de plus vrai que nature, de presque trop vrai pour être vrai...Le réal arrive à capter des moments ou des expressions tellement vrais et touchants (cf la scène de repas au début, les adieux à l'aéroport ou les plans sur la tronche hébétée d'un mec qui vient de se prendre une balle ) qu'on a paradoxalement du mal à croire qu'ils n'ont pas été préparés, qu'ils ne sont pas joués. C'est pas que ça fait artificiel, juste impressionnant que la camera réussisse à se faire assez discrète pour choper de tels moments de vérité.

 

Ca c'est pour la forme, irréprochable, mais le fond est pas dégueu non plus. Je ne sais pas ce qui fait un bon doc, mais il me semble que la capacité à documenter, à nous montrer le réel, tout en mettant en scène ce réel, en en tirant une histoire, est un gage de réussite, ce que Armadillo fait parfaitement.

Evidemment, on suit avant tout le groupe de soldats, mais l'ami Janus parvient à embrasser l'intégralité du sujet en évoquant également, au détour de qqes plans et qqes scènes, le sort des populations locales, ou la finalité de cette intervention en Afghanistan. On a ainsi le sentiment un peu absurde d'une action assez vaine et inutile de l'OTAN, des soldats qui tournent en rond autour des mêmes villages, dans un périmètre minuscule, jouant au chat et à la souris avec des talibans toujours invisibles, et qu'ils ne réussiront jamais à éliminer...

le point d'orgue du film, le fait d'arme du bataillon, est d'ailleurs lorsqu'ils réussiront à éliminer...4 talibans...en 6 mois...

 

On partage donc surtout le quotidien de ces soldats pendant 6 mois; et le réalisateur a le mérite de les observer en toute neutralité, et sans chercher à les iconiser ou à en faire des personnages archétypaux qu'ils ne sont pas. On n'a donc pas le gros bras, le philosophe, le mec qui se pose des questions, etc...mais juste des types normaux qui ne sont peut être pas impressionnants individuellement et à première vue, mais qui se révèlent tous très intéressants pris comme éléments du groupe, justement parce qu'ils sont vrais.

On suit ainsi leur évolution, de leur arrivée et leur hâte d'en découdre, à la découverte d'un quotidien parfois chiant et pourtant toujours dangereux (qqes scènes assez impressionnantes, où on passe en uen seconde avec eux de la glandouille à une grosse tension, juste parce qu'une forme indéterminée traversant la greenzone a été repérée...un taliban armé jusqu'aux dents où une poule échappée de la ferme voisine?), à la frustration face à un ennemi insaisissable, les blessures ou la mort de camarades, le désir de revanche, etc...

Fidèle à sa ligne de conduite, le film ne s'achève pas sur un épisode spectaculaire

(même si l'épisode des talibans tués dans le fossé est intelligemment monté façon climax)

; les mecs font leur 6 mois, se font chier, font leur job, tuent 4 types, rentrent chez eux retrouver leur nana et bouffer des glaces, reviendront peut-être dans 6 mois, et basta.

 

Du réaliste, de l'authentique; pour autant du passionnant et parfois du spectaculaire, pour un film pas pauvre du tout en réalisation.

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