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Jigoku - Nobuo Nakagawa - 1960


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Du high level comme prévu, et ça flingue quand même pas mal un pan de la production fantastique de l'époque, alors en pleine transformation. Eh oui

 

Au contraire de ses histoires de fantômes ancestrales à base de seigneurs maudits et de spectres assoiffés de vengeance dont il s'est fait le spécialiste, Nobuo Nakagawa opte ici pour un cadre résolument moderne : si son Black Mansion Cat était divisé en trois parties, son Jigoku est quant à lui scindé en deux ; la descente aux enfers terrestre, figurée, puis la véritable, evidemment propre celle-là.

 

Et s'il suffisait d'une seule personne pour voir sa vie basculer ? C'est ce qui arrive au jeune et innocent Shiro, tout juste fiancé à la fille de son professeur. Sans crier gare, le diabolique Tamura débarque et fait tout valser : il écrase un voyou durant une nuit et le laisse pour mort malgré les supplications de Shiro. Un accident qui laissera des séquelles sur tous l'entourage de Shiro, sans parler de la famille de la victime criant vengeance.

Tout ce beau monde, dont d'autres personnages qui interviendront par la suite, finiront leur eternité à brûler en enfer, généralement châtier par là où ils ont péchés. Pas rose la vie humaine donc, où se confronte les plus bas instincts et les pire retours de flamme : vengeance, chantage, meurtre, passion, tromperie, lacheté ; Nakagawa nous dessine une tragédie à son summum.

 

Non content de tenir un sujet profondément spectaculaire et novateur pour son époque (la représentation de l'enfer et de ses châtiments, déjà dévoilée de manière plus kitch dans certains peplums, ou certaines adaptations muettes du livre de Dante), Nakagawa dresse un portrait sauvage et impitoyable de l'homme, quite à avoir recours à une touche de surréalisme (le personne de Tamura, intervenant comme ça lui plait au fil de l'histoire, et incarné par un Yoichi Numata au cabotinage parfois insupportable, seul point noir du film pour ma part).

Une mise en scène louchant très nettement vers l'expérimental (son introduction, funèbre, puis soudainement teintée d'outrances sexy et grotesque), en particulier pour les scènes fantastiques, menées à un rythme de cauchemar, symphonie de l'horreur à l'issue incertaine, presque denuée de véritable logique, morcelée de cadrages bizarres et agressifs.

Une explosion de couleurs et de sévices tendant vers l'horreur baroque chère à Bava, et dont les visions de l'enfer glacé de Marins et de la Mer des ténébres de Fulci s'en souviendront sans aucun doute.

Outre la réussite esthétique de ses délires fantasmagoriques, Jigoku peut se targuer sans trop de complexe d'être l'un des premiers fleurons du gore, ceux dont on parle trop peu : arrachage de peau, tympans crevés, pied perforé, démembrement, corps scié puis lacéré...jamais les rites barbares de l'Enfer n'avaient été montré aussi explicitement.

 

Au delà des damnés s'ébattant dans des lacs de sang et des déserts de squelettes, Jigoku a tendance à faire preuve d'une incroyable poésie, en particulier lorsqu'il s'attarde sur les relations entre Shiro et ces deux femmes identiques, et de son enfant qui n'a jamais vécu, qu'il tente alors de rattraper sur le fleuve du Styx dans une échappée d'images splendides.

 

A tout point de vue, Jigoku semble tout simplement avoir dix ans d'avance sur son temps : furieux, audacieux, barré, bariolé, graphique. On ne pouvait pas rêver mieux...

 

Et sinon, il y a eu deux remakes : je recherche celui de 1979 qui fut par ailleurs projeté au festival fantastique de Paris mais qui s'avère totalement introuvable. En voilà un qu'il faudrait deterré : pour infos, il s'agit du même concept, mais avec des histoires différentes, et une vision de l'Enfer proposant quelques nouveautés (comme un arbre dont les fruits sont des lames tranchantes). Une suite en quelque sorte...

 

 

Teruo Ishii a redonné d'autres couleurs à l'enfer avec un Jigoku 99 qui semble définitivement très laid. A confirmer ?

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