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Cahiers du Cinéma


Florent
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En ce moment sur leur site Internet, découvrez plusieurs acticles sur la Nikkatsu.

 

La Nikkastu vu par les Cahiers

 

Vu qu'il est impossible de mettre un lien plus précis, il faut aller dans la partie Mouvement(s)

 

Petit extrait

 

Le Roman Porno

du studio Nikkatsu I

 

 

Consultez les couvertures de livres de Tatsuo Uchida.

Interviews avec Romance Film Creators, Tokyo Gakusan, 2006. Cliquez sur le lien

 

LA VERITABLE HISTOIRE D’UN DESIR HUMIDE :

LE ROMAN PORNO DU STUDIO NIKKATSU I

 

pparu en 1971, le roman porno (romanesque pornographique) permet au studio Nikkatsu de maintenir ses activités de production alors que les autres, Shochiku et Toho, se tournaient de plus en plus vers la distribution. Ces films vont connaître un immense succès public durant les premières années du genre, avant que la vidéo n’entraîne le corps vers des réalisations où peu de place était laissée au scénario. Nikkatsu mettra terme au genre dix sept ans plus tard, après plus de 1000 films. Cette période aura révélé de vrais auteurs qui ont très peu erré hors du roman porno, tout en permettant à de jeunes cinéastes de venir y tourner leurs premiers longs-métrages, dont Kiyoshi Kurosawa, Shinji Somai et encore bien d’autres. Le roman porno puis le film pinku indépendent furent les écoles de cinéma de toute une génération. Mais l’intérêt de ces films ne se limite ni à cela, ni à leur dimension érotique désormais plus émouvante que provocante. Nikkatsu permettait de découvrir l’autre visage du Japon, plus immédiat, charnel, tangible. Aujourd’hui, le roman porno fait figure de référence culturelle importante au Japon où les films sortent enfin en dvd ; des rétrospectives consacrées aux maîtres apparaissent chaque année dans des salles d’art et d’essai de Tokyo (1). Maintenant, des ouvrages historiques et critiques sont publiées, dont les deux premiers volumes des "Interviews with Romance Film Creators" parurent chez Tokyo Gakusan fin 2006, sous la direction de Tatsuo Uchida, que nous avons rencontré au printemps 2007.

 

Entretien avec Tatsuo Uchida...

Stephen Sarrazin : Pourquoi avez-vous souhaité lancer cette collection d’ouvrages sur le cinéma roman porno du studio Nikkatsu ?

 

Tatsuo Uchida : J’attends depuis longtemps l’occasion de pouvoir faire quelque chose autour de ce genre, de cette histoire du cinéma japonais, j’attendais aussi que les films deviennent plus accessibles. Puis un éditeur DVD s’est lancé et j’ai amené le projet à la maison d’édition pour laquelle je travaille, Tokyo Gakusan. L’éditeur était réticent au début à accepter cette idée. Mais j’ai persévéré car aujourd’hui certains réalisateurs, certaines actrices ont commencé à disparaître et il faut absolument recueillir leurs témoignages, rassembler leurs archives, ce qui ne va pas de soi au Japon...(2)

 

Stephen Sarrazin : Comment avez-vous procédé pour votre sélection d’entretiens avec les réalisateurs et les actrices ?

Etait-ce par chronologie, thème... ?

 

Tatsuo Uchida : Mon premier choix s’est porté vers les réalisateurs dont les films étaient désormais disponibles en DVD ; il me semblait moins urgent de m’arrêter sur ceux qui sont pas encore accessibles. La chronologie est plutôt celle de la sortie des DVD.

 

Stephen Sarrazin : Cet éditeur DVD a-t-il lui une orientation chronologique ou autre ?

 

Tatsuo Uchida : Cet éditeur, Geneon, a d’abord choisi des films representatifs de chaque tendance qui traversa le roman porno : la comédie, le S M, les femmes pêcheurs, les films avec les grandes actrices, les Œreines.

 

Stephen Sarrazin : Et que représente pour vous dans l’histoire du cinéma japonais le roman porno de Nikkatsu ?

 

Tatsuo Uchida : Nikkatsu fut le dernier grand studio Japonais à vouloir produire, révéler des cinéastes en continuant de tourner des films de manière ininterrompue, au rythme de deux sorties par semaine. Le cinéma Japonais, celui des studios, rencontrait de grandes difficultés à cette époque mais Nikkatsu n’a pas abandonné, il a survécu plus longtemps à cause du roman porno. Quant au genre lui-même, le roman porno a complètement libéré le cinéma japonais face à la question de la représentation sexuelle, mais en le faisant dans le cadre d’une histoire d’amour, et ce pendant dix-sept ans. Les grands films roman porno sont des histoires d’amour, souvent touchantes. Ils ont tourné plus de 1100 films.

 

Stephen Sarrazin : Comment avez vous choisi les journalistes et critiques qui ont écrit dans ces deux volumes ?

Ce sont des spécialistes reconnus du genre ?

 

Tatsuo Uchida : Notre éditeur publiait déjà un magazine de cinéma pour les femmes, dont les critiques étaient des femmes. Il me semblait intéressant de demander à ces mêmes critiques, à ces femmes, d’écrire sur ces films. Nous avions fait des numéros spéciaux consacrés au roman porno et ça s’était bien vendu. J’ai voulu poursuivre avec plus ou moins la même équipe. Car aujourd’hui ce sont plutôt les femmes qui regardent les roman porno.

 

Stephen Sarrazin : Pourquoi ?

 

Tatsuo Uchida : Au Japon on trouve en DVD maintenant le roman porno , et le AV (adult video) qui sont davatange des films purement pornographiques. Les femmes se tournent vers le roman porno car il y a de vrais scénarios, et les personnages principaux sont toujours des femmes, fortes, qui existent en tant que véritables personnages de récits, de cinéma. Les femmes parlent entre elles de ces personnages. Lorsque nous interrogeons certains cinéastes de cette époque, ils disent qu‚ils croyaient faire ces films pour les hommes mais qu’aujourd’hui c’est leur vrai public qui se révèle, celui des femmes. Lorsque le roman porno est né en 1971, le AV n’existait pas encore et les hommes voyaient ces films. Aujourd’hui, ces films semblent bien sages et guère explicites et ce sont leurs qualités en tant que films, mais aussi celles de leurs scénarios, que nous apprécions, que nous étudions.

 

Stephen Sarrazin : Le roman porno aurait-il pu exister hors du Japon ou croyez-vous que cela ne pouvait être possible qu’ici ?

 

Tatsuo Uchida : Difficile ! D’après vous, quel regard ont les Européens sur ces films ?

 

Stephen Sarrazin : Il y a une immense méconnaissance au départ ; au-delà d’une communauté de cinéphiles qui aura fait l’effort de découvrir quelques films de Kumashiro ou Konuma, diffusés à Rotterdam, ou à la Maison du Japon à Paris, pratiquement rien n’est visible. Sur ce terrain du corps, les années 70 en Europe appellent Pasolini, Fassbinder, Bertolucci, Makavejev, et bien sûr L’empire des sens d’Oshima. Les cinéastes de Nikkatsu ne correspondaient pas, ils étaient eux-mêmes en marge du modèle de l’auteur qui régnait à l’époque. Il y a un travail considérable et passionnant à accomplir pour amener ces films vers un public hors du Japon.

 

Tatsuo Uchida : Je crois cependant que le contexte à la fois culturel et pratique du milieu cinématographique japonais fait du roman porno un genre profondément japonais : le budget, le temps de tournage d’une à deux semaines, les questions de censure avec lesquelles les cinéastes devaient ruser, ce que l’on pouvait faire et pas montrer, dire et ne pas aborder... Nikkatsu a également tenu tête à deux adversaires importants, d’une part la police qui faisait toujours pression sur le studio, et les indépendants du film pinku qui voyaient mal qu’un grand studio se mette à jouer sur leurs plates-bandes.

 

Stephen Sarrazin : Le Japon a compté quelques critiques Japonais très marqués par la pensée cinéphilique européenne, une tendance qui s’est nettement réduite ces dernières années. Ces critiques dans l’ensemble ont très peu parlé du roman porno.

 

Tatsuo Uchida : C’est exact, enfin pour cette génération qui connut une notoriété dans les années 80/ début 90. Eux n’ont rien écrit, mais pendant la première moitié des années 70, plusieurs critiques sérieux se sont penchés sur ces films, les ont commenté, analysé. Je souhaite maintenant que la génération actuelle découvre ces films. Vous parliez de Rotterdam tout à l’heure et de quelques films de Kumashiro et Konuma. Shigehiko Hasumi a écrit sur certains films présentés dans ce cadre. Mais il faut aussi le faire maintenant pour le public actuel d’ici . Il n’y a aucun doute que Nikkatsu et le roman porno ont produit des auteurs. Par exemple Noboru Tanaka, décédé soudainement l’année dernière et auquel nous consacrons le prochain volume de cet ouvrage. Nous rassemblons les documents et témoignages de son équipe, ses actrices.

 

Stephen Sarrazin : Selon les tendances, quels sont d’après vous quelques uns des très grands titres du roman porno ?

 

Tatsuo Uchida : Je pense plutôt aux cinéastes que je préfère, dont Kumashiro et Tanaka, et celui que je place au sommet, Konuma, surtout ses collaborations avec le scénariste Takashi Ishii, qui est aussi parfois réalisateur.

 

Stephen Sarrazin : Ces dernières années le jeune public Japonais renoue avec le cinéma national. Celui-ci pourrait-il s’intéresser à ces sorties DVD, à des rétrospectives qui se préparent ?

 

Tatsuo Uchida : Hélas je doute fort que cela devienne mainstream, tout au plus de petites salles d’art et essai vont présenter des films, et celles plus importantes, historiques vont monter des rétrospectives. Néanmoins, un cinéaste vétéran disait que ces films avaient été conçus pour calmer le désir des hommes et que ces derniers auront toujours besoin de ces films, peu importe la génération. Je trouve cela très touchant de continuer de croire à ce rôle. D’autres, des producteurs, ont souvent reproché cette terminologie Œporno‚, que le terme induisait des préjugés chez le public. Mais pourtant les films ont suscité une curiosité puis un volonté d’en voir plus et c’est toujours le cas aujourd‚hui. Le roman porno s’inscrit peu à peu dans la pop culture du Japon, comme vous le disiez avant l’entretien.

 

Stephen Sarrazin : Les années 70 au Japon représentent-elles un âge d’or, au-delà de la nouvelle vague nippone, les films Nikkatsu, Toei, ceux de Wakamatsu ont incarné une autre liberté.

 

Tatsuo Uchida : Absolument. Je vous donne un exemple de cette reconnaissance : en 2001, dans un salle de cinéma qui se trouvait à Shibuya, qui faisait 1 200 places (détruite depuis), on présentait un programme Nikkatsu qui faisait la nuit entière. La salle était pleine, avec 60% de public féminin. Après la projection du film La Véritable Histoire d’Abe Sada, le public s’est levé et a applaudi pendant plusieurs minutes. Cette projection est devenu une légende, un mythe au Japon, et démontre l’impact de ces films une fois révélés à un nouveau public.

 

1- Nous reviendrons en juin 2007 sur une importante rétrospective conscarée à Noboru Tanaka au mois d’avril dernier à Tokyo, accompagnée de conférences et débats auxquels participaient critiques, membres de son équipe de tournage, actrices, etc.

2- Nous publierons en juillet de courts entretiens avec quelques vétérans des grandes années du roman porno.

 

Propos recueillis par Stephen Sarrazin

Tokyo mars 2007

Traduit du japonais par Miho Sano / Sumi Sette.

 

Couvertures de livres Interview with a Romance film Creators.(Vol 1 & Vol 2)

 

la suite (deux autres parties) sur http://www.cahiersducinema.com/

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