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Love - Ken Russell - 1969


Jeremie
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Ah ben chef d'oeuvre tiens.

 

Une cité minière dans l'Angleterre des années 10 : Gurdrun et Ursula sont deux soeurs issues d'une famille aisée, errant telles deux adolescentes au milieu des mineurs hirsutes à la recherche de l'âme soeur. Leur chemin vont croiser tout naturellement celui de Rupert & Gerald, deux beaux hommes liés par une grande amitié. Alors que Rupert est un botaniste anti conformiste ayant un rapport très sensuel avec la nature, Gerald est le fils d'un grand manitou du minerai, une force de la nature assistant à la décomposition latente de sa famille. Alors que Gurdrun ne reste pas insensible au charme brut de Gerald, Ursula réussit à éclipser l'odieuse maîtresse de Rupert...

 

On ne saluera jamais assez l'habilité de Russell, profitant du vif chaos de la fin des sixties pour offrir le drame sentimental le plus cinglé de sa génération. En prenant pour cadre la rigoureuse société anglaise, il renverse on ne peut mieux les barrières d'une imagerie codifiée et raffinée où personne n'est dupe : les gentlemen brûlent de partout et les ladies mouillent de désir. Love reste encore fascinant de bout en bout dans sa vision chaotique de l'amour, où plus personne ne distingue réellement le vrai sentiment sous les flammes du désir et derrière les portes qui claquent. Aveuglement du désir, jalousie maladive, mensonges, cruauté, incertitudes...

 

Traité l'amour comme tel était déjà audacieux, briser les barrières de la censure l'est davantage : Russell chamboule son audience et expose la terreur des films de studios à la face du monde en dégrafant son duo d'acteurs au coeur d'une scène de combat dont l'esthétique flamboyante et la brutalité érotique renvoi à la liberté des jeux antiques. Alors evidemment, nudité frontale oblige, la scène se veut aussi bien la matérialisation du trouble de ses personnages (un défouloir pour les sentiments contradictoires qu'ils ressentent face à leurs nouvelles conquêtes) que la matérialisation d'une homosexualité (extrêmement ) lattente (les propos de fin de Rupert sont quand même à double tranchant) : d'ailleurs les derniers plans de la séquence sont bien plus ambigus que le reste du combat, Gerald prenant le dessus alors que la musique de Delerue vrombit, puis le montage s'emballe, la position des acteurs change...bref, on peut y voir ce qu'on veut, amen.

A côté de ça, les scènes d'amour hétérosexuelles sont filmés comme des joutes : là où on parle d'étreintes amoureuses, Russell n'y voit que empressement, violence, chair ardente. Le parallèle y est inévitable.

 

Bref, l'amour, l'amour, c'est pas jojo : tout ça aurait pu être bien chiant si Russell n'y rajoutait pas ce grain de folie, ce traitement sauvage où tout ce bouleverse, tout s'échappe : l'équivalent féminin du combat homo cité plus haut (du moins dans le traitement quasi surréaliste et non la thématique) intervient lorsque Gurdun s'évade par la transe et la musique, allant jusqu'à courser un troupeau de bovins. Bon là aussi, symbole, symbole...

Que du bon, mais il surnage tout de même la présence MAGNÉTIQUE de Oliver Reed (quel regard ) et de Glenda Jackson (quelle voix !! ) tous deux saisissants et fiévreux. Du grand art.

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