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NIFFF 2007


Guillaume Tell
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Il me semblait que le Lapin Duracell lyonnais allait mettre deux trois mots sur son passage en Helvétie où il est comme un poisson dans l'eau. Comme ce n'est pas le cas, voici le regard du festivalier alpha sur cette édition bien remplie du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (écrit pour Sueurs Froides) qui s'est déroulée du 3 au 8 juillet 2007.

 

 

DE PASSAGE AU NIFFF OU IL FAIT BON SE METTRE A L’OMBRE

 

JEUDI-VENDREDI

 

Soyons honnêtes : même si ces lignes sont le témoignage de mon passage au NIFFF pour Sueurs froides, il est bien clair que compte-rendu ou pas, je n’allais en aucun cas louper cette nouvelle édition. Tout ce qui suit n’est donc que quelques mots sur un pèlerinage annuel devenu quasiment vital. Et il suffit de se glisser dans les conversations de sorties de salle pour se rappeler que le cinéma est un art populaire, que les avis, comme les sensibilités divergent souvent. Parfois, elles convergent ; j’espère que ce sera le cas ici.

Seul festival helvétique dans la constellation des rendez-vous européens des amateurs de cinéma fantastique, le NIFFF se taille une solide réputation. Dernier coup d’éclat en date, la venue en 2006 de George Romero en personne accompagné de John Landis place la barre très haut. En toute logique, l’habitué prend goût à ce label de qualité et vient pointer ses mirettes avides sur les bords du lac de Neuchâtel serein et convaincu d’une nouvelle avalanche de pellicule jouissive.

Cette année sera placée sous le signe de la Corée et du cinéma 3D. Park Chan Wook et Ryoo Seung-Wan conviés par les organisateurs viendront animer la rétrospective Korean Thrills. Dans le registre plus léger du cinéma en relief, plusieurs séances tardives se feront lunettes en carton sur le bout du nez. Les compétitions internationales longs métrages, la sélection New Cinema from Asia, des midnight screening et des programmes de courts métrages viendront compléter ce programme. Qui se laisse découvrir dans une édition du catalogue, comme à son habitude, luxueuse et détaillée. Pour la première fois, un cinéma open-air vient souligner le côté estival de ce rendez-vous. Un film par jour y sera projeté.

Le NIFFF, c’est bien entendu des films, des émissions de radio en direct, quelques conférences, mais c’est aussi un festival à visage humain bercé par la bonhomie des habitants du littoral neuchâtelois. Devant les trois cinémas Appolo qui servent de base, une tente dressée dans les jardins rappellent que le NIFFF c’est aussi un peu de début des vacances. La rue devenue piétonne, les allers-retours cantine salle obscure peuvent débuter. Le ballet va durer cinq jours.

Le décor est planté, place au plat de résistance. Difficile, après tant d’attente de se voir déçu lors d’une première séance. Tout arrive même au meilleur. Le challenge de JADE WARRIOR était de taille. Antti-Jussi Annila, réalisateur finlandais passionné de cinéma hongkongais, s’est lancé dans une entreprise peu commune : rassembler en seul film ses passions cinématographiques et ses origines. Mêlant légende finnoise et mythologie chinoise vues au travers des démêlés d’un forgeron et d’un antiquaire, JADE WARRIOR s’enlise rapidement dans ce qui devait lui donner son intérêt. Inutilement compliqué, difficile à suivre et plombé de longueurs tour à tour romantiques ou belliqueuses, il ne sera qu’un faux départ. L’arrivée en relief des nonnes de REVENGE OF THE SHOGUN WOMEN (1977) vient replacer le festival dans une de ses fonctions essentielles : l’exhumation de l’inconnu ou du négligé. Le moins courant des films qui composent la sélection Cinéma 3D, parmi HOUSE OF WAX, FLESH FOR FRANKENSTEIN, CREATURE FROM THE BLACK LAGOON ET IT CAME FROM OUTER SPACE, tiendra ses promesses. Son charme désuet, transcendé par un doublage anglais d’une nonchalance affolante sait faire oublier la surexploitation des « effets de profondeurs ». Le partage de ce moment unique ravit et donne un ton encourageant à cette fin de soirée. Le jeudi s’achève.

 

 

C’est avec le Danois Anders Ronnow-Klarlund que débute la soirée de vendredi. Comédie amère, HOW TO GET RID OF THE OTHERS atteint sa cible avec précision. Par des démonstrations inquiétantes, il se laisse aller à prouver l’impensable. Une guerre déclarée aux inadaptés sociaux a pour unique solution leur extermination. Mené par un major solide et méchamment convaincant, ce nettoyage radical inquiète par son pouvoir de persuasion. La manipulation de l’image et du discours donne toute sa force à cette vision froide des remèdes possibles à l’équité sociale. Le cinéaste sidère par son audace vénéneuse à placer le niveau de compassion pour les victimes au niveau zéro. L’action cède la place à l’action : DYNAMITE WARRIOR est un véritable cours de boxe thaïlandaise sur fond de comédie romantique. Galerie de sales gueules hors du commun, le tout est mollement ficelé autour de deux scènes phares. Une mémorable bagarre au milieu d’un troupeau de buffles engagée par un Dynamite Boy qui entre en scène debout sur son « surf-fusée » et une conclusion par le vide lors de l’attaque définitive d’un hôtel à grand renfort d’explosifs. La tête pleine des déclamations nasales de ces affreux voleurs de bétail, il est temps, bière à la main, de rejoindre la salle de la dernière séance. Surfant sur la vague du succès mérité du remarquable remake de LA COLLINE A DES YEUX, Martin Weisz remet le couvert. Annoncé comme plus violent et plus ceci et plus cela, ce deuxième volet n’est qu’une longue esbroufe souterraine. Le désert et les tronches tordues par les essais militaires sont les maigres reste de l’illumination initiale de Wes Craven. Mais quand on aime, on ne compte pas. La grand-messe de la pellicule a pris son rythme de croisière, les lumières s’éteignent sur Neuchâtel aux alentours des trois heures du matin. Le repos sera bref.

 

UN WEEK-END AU NIFFF POUR FUIR LE SOLEIL PUIS LA PLUIE

 

SAMEDI - DIMANCHE

 

Pour le commun des mortels, ce premier samedi de juillet est surtout apprécié comme le retour du soleil après une sérieuse série de jours pourris. Pour les festivaliers, c’est la venue imminente du fruit d’une année de travail lâché en pâture en une demi-journée. Une pensée aux organisateurs qui voient l’entier de leur labeur s’évanouir dans le tumulte d’un week-end très attendu.

Loin de l’effervescence qui agite les bureaux de presse et les techniciens, je m’enfonce en tout début d’après-midi dans la salle de l’Appolo3 pour découvrir la face cachée du cinéma coréen. Le documentaire d’Yves Montmayeur, LES ENRAGES DU CINEMA COREEN, apporte un regard instructif sur ce cinéma bien plus subtil qu’il n’y paraît. Il dévoile au travers d’interviews de grands réalisateurs comment se sont tissées les incessantes relations entre le cinéma de genre et les dénonciations politiques. L’héritage historique n’est jamais oublié, même dans le plus enlevé des films d’actions. Alors que d’autres ont choisi de se cloîtrer pour une vision complète de Master of Horror II – tout de même cinq heures de projection – j’en profite pour discuter et flâner dans les alentours directs du festival. Tailler une bavette, compulser son catalogue, tremper ses lèvres dans une mousse bien fraîche, dévisager les habitués de la cantine à la recherche d’une tête célèbre : bref le lot bien agréable du festivalier lambda. La reprise est attendue; YOU THE LIVING, déjà projeté jeudi soir, attise la curiosité. La nouvelle création de Roy Andersson rappelle tout de suite son premier coup de maître. Même trop. Et si chaque tableau de la première moitié de cette œuvre frise la perfection, on en vient ensuite à regretter la mise en forme radicale de SONGS FROM THE SECOND FLOOR. Malgré tout, son style sans faille séduit et marque. Un tout grand moment du festival vient de se dérouler. A la grisaille travaillée d’une Suède à l’antipode d’un catalogue Ikea, s’oppose la comédie DASEPO NAUGHTY GIRLS. Le virage à cent quatre-vingt degrés s’opère sans douleur. Une salle ravie par de régulières références au folklore suisse n’en peut plus d’applaudir et de se bidonner. Début fracassant pour les collégiennes dans un déluge de couleur et de ballets. Fidèles à leurs tics asiatiques, les héros ne sauront pas être que fous. Famille et légère mise en cause du système social embourberont ce film coréen dans une fin confuse. Ne boudons pas notre plaisir. D’autant plus que la suite s’annonce plutôt fun. Direction la Grand Place pour un premier open air. Au pas de course car les Master of Horror II et leur gargantuesque appétit ont fait prendre du retard aux organisateurs. Ce déplacement au pas de charge est parfaitement dans le ton de ce qui nous attend. La fine équipe de SHAUN OF THE DEAD présente HOT FUZZ. Attention top chrono : deux heures d’action et de comédies non-stop. Voulant savourer le vilain plaisir de fumer en assistant à une projection, j’ai dû louper cinq répliques au bas mot en laissant aller mes yeux vers le papier à rouler. HOT FUZZ, c’est de l’intensif pur jus. Le sans faute d’un team professionnel. Une comédie oui, mais qui ne prête le flan à aucune critique. Le retour vers les salles se fait bien plus calmement, saoûlé par les hyperactifs britishs. Les Pakistanais auront l’honneur de notre dernière séance. Bien vendu, il n’y avait plus de billets pour les accrédités avant l’ouverture des bureaux le matin même. Bien vendu, trop bien pour tout dire. Histoire de zombies sans grand intérêt, HELL’S GROUND ne séduit pas. Les grandes envolées imaginatives typiques de ces productions fauchées font défaut, hélas. Finalement, j’aurais mieux fait de me rendre au classique FLESH FOR FRANKENSTEIN qui passait en relief un étage plus haut. Mais que serait un festival sans le plaisir de faire le mauvais choix lors de l’épluchage fébrile des catalogues ? La soirée dansante nous permettra de tout remettre à plat à grands coups de récents souvenirs. Vacarmes et bières nous mèneront quasiment à l’aube.

Le soleil du dimanche matin sera mon seul compagnon de route vers la projection de presse du film de clôture. Une salle quasiment vide accueille les seuls courageux partants pour I AM A CIBORG BUT THAT’S OK. La blague est facile, j’en conviens, mais « i see the movie but it’s not ok for me ». Bien que le virage ait été amorcé avec LADY VENGEANCE, les fans de Park Chan Wook risquent de tomber de leur siège. Le romantisme à peine agité par quelques pointes de fantastique va en laisser plus d’un pantois. Prisonnière d’un asile d’aliéné, l’héroïne est bien seule parmi tous ces agités du bocal. Prétexte à une poésie assez indigeste, l’univers psychiatrique sera aussi celui par qui vient le sauveur. Il-Soom, malade toujours savamment peigné, sauvera Young-goon de ses déboires à se prendre pour un robot. Littéralement knock-out avant midi, je m’en vais descendre quelques bons cafés parmi une foule encore très diffuse. Deux heures plus tard, une file dense fait face à l’unique entrée des trois cinémas. Accueillis par 28 WEEKS LATER, les derniers endormis du dimanche abandonnent définitivement tout bâillement. Londres décimé par un terrible virus et soutenue par l’armée américaine est le théâtre d’une extermination en règle. Sans respiration, chaque scène d’action amène une réflexion et transcende sans compter les incessants moments de suspense. Dans la lignée des grands films de zombies, l’intelligence du regard le dispute à l’action la plus basique. Alors que la pluie a décidé d’être aussi de la partie à Neuchâtel, vient l’heure de ma dernière séance pour cette édition 2007. Bien malgré moi totalement imperméable à une forme de poésie souvent présente dans le cinéma sud-américain, je passe deux longues heures devant LA ANTENA. Fable sur le pouvoir manipulateur des médias, ce film fait la part belle à ses maîtres. Les références y sont légion, de Mélies à Fritz Lang pour ne citer qu’eux. Le festival se termine en noir et blanc, mais restera le feu d’artifice haut en couleurs tant attendu.

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Le festival se termine en noir et blanc, mais restera le feu d’artifice haut en couleurs tant attendu.

 

Mouahahaha, ouah l'autre hé qui se la joue poète des festivals!

 

Mais chouette papier en tous cas.

 

Tout ça pour dire que Park chan Wook c'est bien foutu de notre gueule. Salaud.

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